Assane BORE, secrétaire administratif des mutuelles Benkan : La prévoyance sociale n’est pas dans notre culture…

Dans le but d’édifier le public sur la vie des mutuelles dans notre pays, Assane Boré a accordé un entretien à notre rédaction. C’était dans les locaux de la mutualité Benkan sis au quartier San Fil, en Commune II du district de Bamako.

Président du Conseil d’administration de l’Union Technique de la Mutualité Malienne (UTM), Secrétaire administratif de la mutuelleBenkan, Assane Boré est aussi le nouveau Secrétaire général des mutuelles de l’Union Africaine.

Pays Emergent

C’est quoi la mutuelle de santé ?

Assane BORE : D’abord, d’autres formes de mutuelle ont précédé ce que nous voyons, aujourd’hui.

À titre d’exemple, dans les confins de nos villages, il y avait des associations sous forme de coopérative, auxquelles, les membres pouvaient faire recours en période de soudure et pour d’autres cas de force majeure.

Nos mutuelles actuelles issues de ce même mécanisme, ont donc les mêmes principes de fonctionnement notamment la solidarité et l’entraide.

Nous pouvons dire que c’est en droite ligne de cette vieille vision que depuis 1996, notre pays a élaboré les lois d’orientation concourant à la mise en place des fédérations des mutuelles de santé. L’Union Technique de la Mutualité Malienne (UTM) fut ainsi créée en 1998.

Dans ce domaine, elle constitue la seule faitière du pays. Au plan international, les 8 pays membres de l’espace UEMOA se sont retrouvés dans le but d’aller aux objectifs 2030 par rapport à la couverture sanitaire universelle.

Cependant, en matière de protection sociale, il va falloir que ces Etats prennent un certain nombre de règlements. Notamment, du 01 au 07 portant harmonisation et régulation des textes dans l’espace UEMOA.

C’est en lien avec la gestion des mutuelles sociales. Toute chose qui réunit les aspects liés à la retraite, au décès et autres régimes d’assurance moins connus. Tels que ceux destinés aux artisans et paysans…

À la date d’aujourd’hui, il n’y a pas une assurance prenant en compte ce volet.

Or, les mutuelles sont censées englober tous ces services. C’est pourquoi, après une longue réflexion, il a été demandé à tous ces pays d’harmoniser leurs textes afin d’adhérer à cette réforme.

Chez nous, au Mali, nous avons une Agence nationale de la mutualité sociale (ANAMUS). Elle assure la régulation de tout ce qui a trait à la mutualité. Ça devrait être la même pour chaque pays de l’UEMOA.

Quelle est l’historique de création des mutuelles Benkan ?

A.B : Pour l’anecdote, je ne suis pas du quartier sans Fil. Mais, j’avais un ami qui y travaillait dans une pharmacie. En le fréquentant, j’ai constaté qu’au niveau de sa succursale, on faisait des consultations.

Elle avait l’air d’un cabinet médical. À l’époque, il n’y avait aucune infrastructure spécialisée en soin de santé dans le cadre d’une stratégie avancée. La Protection maternelle et infantile (PMI) de Missira en Commune II, n’avait qu’une seule salle d’accouchement.

Nous avons alors commencé à organiser le quartier autour d’une Association de santé communautaire (ASACO).

Mais, les autorités avaient posé une pertinente question : « créer un Centre de santé communautaire (CSCOM) au seul profit du quartier Sans Fil sera-t–il viable ? » C’est-à-dire, en terme du quota et du nombre d’habitants. Sincèrement, ce n’était pas évident. Elles ont ainsi suggéré de former ultérieurement le trio avec les quartiers Bakaribougou, Zone Industrielle et San FIL en ajoutant Bougouba. C’est ce qui justifie la création de l’ASACO Benkadi à Bakaribougou.

Cette initiative a pris sa source à San FIL. Nous l’avons mise en marche avec l’accompagnement des autorités et certains leaders d’opinion. Plus tard, on a fait inclure les autres quartiers.

Dans un premier temps, nous avons créé l’ASACOFIL qui devrait regrouper l’ensemble des quartiers précédemment cités. Mais, il y a eu des problèmes de leadership et d’intérêts personnels. Chaque quartier voulait que le site de l’infrastructure soit en son sein.

En conséquence, en tant qu’initiateurs, nous avons décidé de nous retirer du processus. Dans la foulée, l’ASACO Benkadi a vu le jour dont le site se trouve à Bakaribougou.

En son temps, précisément en 1992, nous avions proposé à ce que la salle serve de stratégie avancée et la régie transformée en cabinet dispensant les soins.

Le quartier San FIL étant un héritage colonial, nous avons pris l’engagement de ne pas l’abandonner. Surtout que la plupart de ses habitants non natifs de Bamako, sont des saisonniers installés auprès des usines.

C’est plus tard, qu’ils y trouvent un domicile. Donc ce n’était pas nécessaire de créer là-bas un autre Centre de santé communautaire (CSCOM).

En 2001, on y créa la mutuelle Benkan conformément à la réglementation en vigueur, puisque le quartier n’était pas doté d’une structure sanitaire. Aujourd’hui, elle dispose de ses propres installations.

Permettez-moi au passage de souligner que le Centre Père Michel nous a aidés. Particulièrement, en aménageant le premier site servant de stratégie avancée qu’on avait transformé en cabinet de soins pour la population de San FIL. La deuxième phase était de créer la mutuelle.

Là aussi, le Centre Père Michel nous a mis en contact avec des partenaires. L’objectif était d’obtenir le financement d’un centre de santé mutualiste. D’où est né en 2006, le partenariat avec la Fondation Espagnole.    

En tant que professionnel de la santé, comment percevez-vous le concept du partenariat ?

Il faudrait prendre les organisations de la société civile comme levier dans le cadre de l’autopromotion locale. Les gens doivent se retrouver dans ces organisations qui font preuve de vision stratégique.

Un exemple, la fondation FC Barcelone a emboité le pas au Centre Père Michel et à Bol porales. Ils nous ont accompagnés en créant un complexe socio-éducatif.

La construction de la première école primaire communautaire de 6 salles de classe et une salle informatique au quartier San Fil sont à mettre dans leur actif.

En outre, les formations axées sur le renforcement des capacités des membres de la mutuelle Benkan, le don des kits sportifs aux élèves font également partie de ces acquis.

C’est à travers de telles actions que la mutuelle a permis de récupérer des enfants victimes de la déperdition scolaire.

Aujourd’hui, les mutuelles Benkan comptent combien d’adhérents ? 

De sa création à nos jours, elles comptabilisent 11.000 adhérents, 24 000 assurés et 16 000 sont à jour.  Nous avons atteint 10% de la couverture soit 2,93 du taux national.

La mutuelle peut-elle aider à endiguer la délinquance juvénile ? 

Grâce à la Fondation FC Barcelone et les activités sportives fédératrices, nous avons pu façonner des enfants du quartier qui étaient en voie de déraisonner. Issus des familles vulnérables, ils sont visés par ce programme permettant d’endiguer le banditisme et autres formes de délinquance dans le secteur.

Le Centre Père Michel, l’un de nos partenaires, nous aide à assurer la formation professionnelle de ces filles et fils en vue de leur insertion socioprofessionnelle. Vu son impact positif, la demande devient forte d’année en année.

Quels sont les défis majeurs des mutuelles Benkan ?

D’abord, il est impératif d’accorder la priorité à la professionnalisation des membres des mutuelles. Ensuite, il faut corriger la défaillance de communication au sein de notre organisation.

L’un des défis majeurs c’est aussi de faire en sorte que les mutualistes soient dans les conditions idoines. Qu’ils deviennent de véritables acteurs afin que les personnes puissent y adhérer.

L’autre défi pressant est : comment parvenir à assurer l’ensemble des populations du quartier ?

Cet obstacle parait difficile à surmonter quand on sait que ceux qui gèrent les sections au niveau des quartiers sont démotivés. Ils font le bénévolat. Dans le même registre, la pauvreté fait que des chefs de familles ne parviennent à payer les frais d’adhésion de leurs membres. Souvent…c’est compliqué.

Sous quel signe placez-vous votre nomination par vos pairs au Secrétariat général des mutuelles de l’Union Africaine ?

Je la place sous le signe de l’innovation.

Il convient de préciser que tout pays de notre continent peut s’inscrire pour être membre de l’Union Africaine de la mutualité qui est une faitière.

Mais, la procédure exige de satisfaire un certain nombre de critères. En ce qui me concerne, je pense que la vie est une chaine.

Tant que tu peux servir ton pays, il faut le faire. Cette nomination va m’inciter à redoubler d’efforts dans la mesure où je fais face à des défis majeurs nationaux et africains.

Quel appel lancez-vous à l’endroit des autorités du Mali ?

J’espère que les autorités ont déjà entendu l’appel que j’ai lancé dans le document de synthèse des Etats généraux de la santé.

Autrement dit, j’ai recommandé la mise en œuvre effective du Régime assurance maladie universelle (RAMU), la création de l’assistance mutuelle et l’accompagnement de l’Etat par rapport à l’opérationnalisation du RAMU. Point de doute, l’objectif du développement durable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) prône la prévoyance sous l’angle de la santé. Elle trouve que le paiement en cash appauvrit.

Je ne saurai terminer cet entretien sans remercier le Gouvernement, nos partenaires, les assurés et tous mes collègues.

Qu’ils reçoivent, ici, l’expression de ma profonde et sincère gratitude. Mes félicitations s’adressent aussi à l’ensemble de la Presse Malienne qui est en train d’abattre un travail immense en dépit, on le sait tous, d’un contexte difficile.

Ayons une foi commune et inébranlable, tout ira bien, s’il plait à Dieu. Le Mali en particulier et le monde en général, vont bientôt tourner les pages qui se défilent sous leurs yeux.

Entretien réalisé par Oumar Bah et Nouhoum Konaré

Encadré

Que faut-il retenir des mutuelles ?

Au Mali, les mutuelles de santé couvrent principalement les risques liés à la maladie à la maternité et, dans certains cas, les accidents du travail. Elles ciblent surtout le secteur informel et la population rurale. Aussi, elles prennent en charge les consultations, les médicaments essentiels et l’hospitalisation au niveau des Centres de santé communautaires (CSCOM). Le coût de leur taux de couverture est souvent partagé afin d’alléger les dépenses des ménages.

 

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