Peut-on savoir les raisons pour lesquelles, en 2024, contrairement aux années précédentes, les voies n’ont été entretenues comme souhaité ? « On attend la fin de l’hivernage », a-t-on répondu à l’Agence d’exécution des travaux d’entretien routier (Ageroute) et au Fonds d’entretien routier (FER). C’était le lundi 09 septembre 2024, lors du passage de notre rédaction. Un mois après la saison pluvieuse, qu’attendent-ils pour entamer le colmatage des trous qui rendent nos routes cahoteuses ? Lire notre coup de projecteur.
Actuellement, à force d’esquiver les trous béants et profonds qui jonchent les routes, se déplacer à Bamako à moto et en voiture sans dandiner le corps, comme en dansant, constitue un véritable défi. Seuls quelques adeptes de la gymnastique professionnelle pourraient le surmonter. Pour se soustraire à ce désagrément quotidien qui fait balancer le corps dans l’habitacle des voitures, il faut avoir des notions développées en matière de conduite.
Le sens de l’anticipation et la connaissance de la voie empruntée habituellement d’un point à l’autre en sont les principales à maitriser. De manière indéniable, l’ampleur de l’état dégradé de nos chaussées se mesure aux dégâts causés au niveau des suspensions de nos différents engins. Avoir le moyen financier en cette période de vache maigre, pour réparer ces pannes notamment le rechange de la pièce défectueuse plus la main d’œuvre des mécaniciens, n’est pas de l’eau à boire.
Surtout, qu’il constitue une dépense supplémentaire et imprévisible à consentir par un chef de famille déjà éprouvé à subvenir aux besoins indispensables de sa ménagère désœuvrée, d’un de ses fils en pleine scolarité ou de sa fille effectuant un stage de perfectionnement dans un service de la place. Ce tableau introductif peint, évoque l’impérieuse nécessité d’entreprendre la réfection des voies difficiles d’accès.
D’ailleurs, à quoi serviraient les taxes prélevées au nom de l’entretien routier ? Quel est le but des postes de péage installés le long des axes interurbains nationaux et inter-états qui délivrent sans répit des reçus en échange d’un payement ? Une des colonnes de la quittance remise à l’issue de l’établissement et du renouvellement de certains documents des véhicules légers et lourds, mentionne-t-elle noir sur blanc le montant perçu destiné à l’entretien routier ?
S’aventurer à faire un petit exercice arithmétique permet d’avoir une idée à propos de la somme banalement mobilisable durant une courte période par les structures habilitées à percevoir les taxes ou redevances routières. Est-ce que tout le monde procède régulièrement au renouvellement des pièces administratives de son engin ? Ce point d’interrogation est si important que vous voulez nous le poser en face. Cher lectorat, la réponse que nous en donnons est évidemment, non !
Cependant, où partiraient les retombées financières de peu qui s’acquitte de ses obligations trimestrielles, semestrielles ou annuelles ? L’Agence nationale de la sécurité routière (ANASER), l’Agence d’exécution des travaux d’entretien routier (Ageroute), le Fonds d’entretien routier (FER) et la Direction nationale des routes (DNR) doivent pleinement jouer les rôles qui sont les leurs. La DNR et ses entités complémentaires doivent veiller à ce que la construction des chaussées puisse respecter les normes de sécurité, de résistance, de durabilité et de confort. Les récentes séries d’effondrement de bâtiment à Bamako révélatrices d’un laxisme rampant serait transposable dans le domaine d’infrastructures routières.
En effet, il est inacceptable de voir nos routes se dégrader si vite quelques mois seulement après la cérémonie d’inauguration. Pourtant, la finalité des procédures compliquées attribuant ces marchés pharaoniques à des sociétés (maliennes ou étrangères) est approuvée en conseil des Ministres. Pourquoi les travaux de construction des voies seraient-ils bâclés ? Les promoteurs des entreprises exécutantes et les responsables des bureaux assurant la mission de contrôle en échange d’un coût, seraient-ils de mèche au détriment de l’intérêt national ?
Un spécialiste de génie civil, aujourd’hui, à la retraite qui a requis l’anonymat, fait savoir qu’une partie des clauses contractuelles des marchés serait souvent piétinée. Et c’est pour satisfaire les désirs démesurés d’une poignée de gens intervenant dans la chaine de décision et d’exécution des ouvrages publics. La dénonciation d’un cas grave à un haut niveau a failli lui coûter la radiation.
Comment font-ils ? À entendre notre retraité, les hommes aux comportements pas catholiques utiliseraient des matériaux à bon marché en contradiction flagrante avec la spécificité exigée dans le cahier de charge qu’ils ont signé de plein gré. Cette pratique félonne permettrait d’élargir la marge bénéficiaire qui prendrait une destination inconnue par les non-initiés, mais connue au niveau d’un vaste réseau ésotérique mis en place pour le besoin.
À titre d’exemple, le gravier naturel extrait des fonds du fleuve par des piroguiers dont le prix de chargement par benne est cher, fut remplacé par celui amassé au moyen des balais et du revers des chaussures usées. Les femmes au moral inaccessible au découragement le vendent à vil prix aux BTP. Ce fait loin d’être particulier aurait été constaté lors d’un chantier à Djenné financé par un pool d’institutions internationales dont la tête de file était la Banque africaine de développement (BAD).
Selon un ingénieur, cette matière artisanale est de nature à provoquer des rouilles aux chaînages des fers et au béton enrobé. Cet unique facteur accélère le processus de vieillissement des infrastructures routières à plus forte raison les installations hydrauliques. « Mon cher, aucun gravier ne peut égaler celui provenant du fleuve », a-t-il précisé. Combien de fois certaines artères de Bamako subissent d’incessants travaux de réparation ?
Or, les axes de Yirimadjo, de Missabougou et de Banankabougou menant au 3è pont de Bamako, le boulevard dit de « l’Indépendance », la voie présidentielle et celle qui passe devant le parc zoologique portent rarement les nids de poule. Ont-ils été réalisés par des sociétés utilisant un bitume de qualité ? L’épaisseur de la couche du goudron enrobé étalé sur ces voies est-elle volontairement respectée pour se mettre à l’abri des problèmes ?
Enfin, à souligner que le quartier de Djalakorodji situé derrière Banconi qui dispose d’un potentiel électoral énorme, pleure toujours attendant depuis plus d’une décennie la construction de sa route. Pendant l’hivernage, les populations pataugent dans des boues et eaux stagnantes ocres. Durant la saison chaude, elles se font turbanner et porter dans le sac un habit de rechange évitant de salir celui destiné à l’usage urbain.
Certains résidents de Djalakorodji vont jusqu’à se débarbouiller à Banconi dans les toilettes d’un parent ou d’une connaissance en vue de changer leurs vêtements. Quel supplice quotidien ? Ne pourrait en dire le contraire, notre petit fils Daouda Siaka Ballo dont le visage est toujours maquillé de poussière malgré le cache-nez qu’il porte en permanence.
Oumar Bah