« S’unir à la jeunesse contre la corruption-former l’intégrité de demain » était le thème animé par les responsables de l’Office central de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite (OCLEI).
En partenariat avec la Gendarmerie nationale, l’Office central de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite (OCLEI) a organisé une journée d’information et de sensibilisation à l’intention des agents gendarmes sur la problématique de la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite au Mali.
C’était le mercredi 18 décembre 2024, à l’Ecole de maintien de la paix maître Alioune blondin Bèye sise à Bamako. Elle s’inscrit dans le cadre de la semaine nationale de lutte contre la corruption, édition 2024. Objectif : sensibiliser les forces armées du Mali sur la pertinence du fléau qui touche, aujourd’hui, tous les secteurs d’activité de notre pays.
La cérémonie qui a regroupé une cinquantaine d’agents de gendarmerie, d’officiers et de sous-officiers était présidée par Seydina Oumar Diarra, représentant le président de l’OCLEI.
Dans son discours, Ibrahima Traoré président de la Délégation spéciale de la mairie de la Commune IV, a salué les initiateurs de cette activité pour leur engagement sans faille contre la corruption qui affaiblit le fondement de notre pays. « Ce fléau déstabilise les institutions, menace l’état de droit et la cohésion sociale, crée un sentiment d’injustice entre les citoyens et entrave le développement économique d’un pays », a-t-il déclaré.
Selon lui, cet atelier prouve que le Mali est résolument engagé dans la promotion de l’intégrité, de la transparence et de l’éthique dans tous les secteurs en particulier au sein des institutions régaliennes comme la gendarmerie.
Cette structure une des stratégiques, à travers ses missions quotidiennes, incarne l’autorité de l’état et la confiance. En effet, elle joue un rôle déterminant dans la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite. Au regard des conséquences néfastes de ce phénomène, le président de la délégation spéciale de la mairie de la Commune IV du district de Bamako dira que la gendarmerie est un pilier de la discipline et de la rigueur.
La présence massive des participants témoigne de leur détermination à défendre les valeurs fondamentales. « Les jeunes représentent l’avenir de notre pays, c’est en les formant et éduquant aux valeurs d’intégrité, de probité et d’exemplarité que nous pouvons garantir un Mali juste, transparent et prospère », a déclaré le délégué spécial. Ajoutant que cette exemplarité ne saurait réussir sans les forces de l’ordre et de sécurité notamment la gendarmerie qui doit être un modèle de justice et de moralité irréprochable.
Pour Seydina Oumar Diarra, représentant le président de l’Office central de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite (OCLEI), le présent atelier vise à faire en sorte que les gendarmes puissent appréhender cette problématique. Particulièrement, ses conséquences socio-économiques et les moyens de la combattre. L’orateur du jour a rappelé la Convention des Nations Unies contre la corruption adoptée, le 31 octobre 2003, qui précise que le 9 décembre, de chaque année, est déclaré Journée internationale de lutte contre la corruption. Elle permet de faire connaître le rôle de la prévention.
Notre pays en choisissant le thème : « S’unir à la jeunesse contre la corruption-former l’intégrité de demain » souligne le lien entre la corruption, la jeunesse et le développement. À l’en croire, l’OCLEI est resté fidèle à la tradition par l’organisation des séries d’activités dont les cibles sont les agents publics de l’administration et des collectivités, acteurs de la société civile etc.
L’intervenant édifie dans son discours d’ouverture que l’étude faite par sa structure en 2021 sur les techniques d’enrichissement illicite au Mali, révèle que les services publics sont perçus comme exposés au fléau. Ce document précise la part des agents des Douanes avec 76% des voix des personnes enquêtées, la Justice 74%, les Impôts 72%, la Police 72%, les Directions des finances et du matériel 68%, les agents de passation des marchés publics 68%, les effectifs des domaines 67%, le Trésor public 62%, le Contrôle financier 60%, les agents des collectivités territoriales 60%, le Commerce et la Concurrence 58%, la Santé 56%, l’inspection des finances 56% et les agents de la gendarmerie 56%.
Auparavant, il a fait savoir que de 2005 à 2019, le Président de l’OCLEI le Dr Moumouni GUINDO, a mené une enquête. Suite à laquelle, il lui a été donné de conclure, je cite : « L’Etat du Mali a perdu 1 266 milliards de FCFA révélés par les contrôles externes, mais laissés passer par les contrôles internes. Cette somme représente 264 services hospitaliers comme l’Hôpital du Mali, 1 767 centres de santé de référence comme celui de Diéma ou même 42 fois le 3è pont de Bamako ». Fin de citation.
Pour comprendre un peu plus la gravité du phénomène, l’Office central de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite (OCLEI) a, après ses investigations de 2019 à 2023, transmis 29 dossiers à la Justice. Le montant total présumé illicite est de 25,5 milliards de FCFA, les biens immobiliers identifiés se dénombrent à 136 maisons pour 368 terrains non bâtis.
Au niveau continental, la Banque africaine de développement (BAD) rapporte que la corruption cause, à elle seule, une perte annuelle estimée à 148 milliards de dollars soit 25% du Produit intérieur brut (PIB) de l’Afrique. Les statistiques ci-dessus référées démontrent la même chose en faisant savoir que la corruption a des impacts négatifs sur tous les aspects de la société. Compromettant le social et l’économie, elle fragilise les institutions et constitue de ce fait un des obstacles majeurs au développement de notre pays.
« Toutefois, je me réjouis des efforts louables accomplis par la Gendarmerie dans le but de s’affranchir d’une image faisant d’elle, un des corps pouvant être affectés par ce mal », a laissé entendre Seydina Oumar Diarra dit SOD. Ces actions sectorielles sonnent comme une sorte d’interpellation pour nous convaincre que la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite ne saurait être la préoccupation d’un seul Gouvernement. « Nous sommes tous acteurs de ce combat. Les forces de sécurité en particulier y jouent un rôle très important », a-t-il expliqué.
En ce qui le concerne, l’Office central de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite (OCLEI) continuera d’apporter sa contribution. Et cela, conformément à la loi qui le charge de promouvoir les pratiques saines au sein des institutions, organismes publics et parapublics. Des mécanismes, en somme, destinés à prévenir, détecter et faire réprimer l’enrichissement illicite.
Il a rappelé que l’une des missions de l’OCLEI est de mettre en œuvre l’ensemble des mesures et de contrôle envisagés au niveau national, sous régional, régional et international pour une lutte efficace contre ce qui gangrène. Il anime et coordonne, en cas de besoin, sur les plans national et international les moyens d’investigation dont disposent les administrations ou les services pour la recherche des infractions induisant des obligations de déclaration. En conclusion, il n’a manqué de remercier le Ministre de la défense et le PNUD pour avoir soutenu et contribué à l’organisation de cette activité.
Le Directeur général adjoint de la Gendarmerie nationale représentant son DG, dira que ce combat est une des préoccupations majeures des hautes autorités du Mali. Singulièrement, le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi GOITA qui a clairement exprimé son engagement ferme sous toutes ses formes en faveur d’une gouvernance économique et financière vertueuse.
Affirmant qu’un accent particulier est mis dans le Programme d’action du gouvernement (PAG) pour l’atteinte de l’objectif d’un gouvernement de rupture bâti sur la lutte contre l’enrichissement illicite, la corruption, les détournements des biens publics et l’impunité. Ces facteurs principaux font propager des vices dans notre pays. C’est ainsi que le processus engagé pour la refondation de notre État est irréversible.
Selon lui, l’un de ses piliers passe nécessairement par une modernisation et une moralisation de l’action publique. Les forces de l’ordre se trouvent particulièrement au centre de ce dispositif.
Il est devenu légion d’entendre, à longueur de journée, des conduites peu recommandables de la part d’agents publics à l’endroit de la chose publique. Le secteur de la sécurité publique ne fait malheureusement pas exception dans cette déviance qui n’a pas lieu d’être. Le Directeur général adjoint de la gendarmerie a indiqué que face à cette problématique, notre pays a cependant, connu des avancées majeures. En illustre la création de l’Office central de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite (OCLEI).
« L’OCLEI est venu renforcer les efforts dans le cadre de la corruption et des infractions assimilées avec des résultats très encourageants », a-t-il laissé entendre. « Il n’est un secret pour personne, elles ont des impacts négatifs sur tous les aspects de la société. À travers le monde, elles constituent le principal obstacle au développement économique et social » a-t-il martelé.
Cet état de fait est attesté par des statistiques qui font froid dans le dos, à l’image de celles publiées par l’ONUDC qui apprennent que chaque année 1000 milliards de dollars sont versés en pots de vin. Simultanément, 2 600 autres soit plus de 5% du PIB mondial sont détournés.
Pour rappel, la Semaine nationale est organisée par les autorités du Mali en droite ligne de la Journée internationale de lutte contre la corruption. Instaurée par les Nations Unies, en 2003, elle vise à sensibiliser sur les méfaits de la corruption.
NOUHOUM KONARE