Pour de bons et loyaux services rendus à la Nation, Mody Kantara Coulibaly, président de l’Ordre des Experts Judiciaires du Mali (OEJM) a été élevé au grade de Chevalier de l’Ordre National. C’est dans ce cadre qu’il a accordé un entretien exclusif à notre rédaction. C’était au siège de l’OEJM.
Ses impressions après la distinction reçue, sa passion pour le métier, les attentes des experts judiciaires, les difficultés et pistes de solution ainsi que d’autres questions relatives au fonctionnement de sa structure sont entre sujets abordés.
Pays Emergent : Que représente cette distinction pour vous et votre ordre ?
Mody Kantara Coulibaly : Elle représente un sentiment de satisfaction, de légitime fierté et constitue la récompense d’un parcours qui n’a pas été une panacée. Il m’a fallu trente ans de dévouement jonché d’embûche, de croc-en-jambe, de traquenard et de toutes sortes d’atrocités pour en arriver, ici.
Aujourd’hui, je suis ému par le fait que ces efforts soient compensés par une loi qui consacre la vie de l’expertise au Mali. Avoir le Chevalier de l’Ordre National est un sentiment débordant de satisfaction. Mais, qu’on s’y prend avec toute l’humilité requise. Je n’ai pas été seul à faire ce travail, je partage donc cette joie avec l’ensemble de nos membres dont l’effort n’a point été un défaut pour parvenir à l’obtention de cette distinction. Nous la percevons comme une invite à redoubler d’ardeur et une reconnaissance de la Nation vis-à-vis de nos efforts.
En même temps, cet honneur est synonyme de défi qui s’impose à l’ordre pour combler les attentes non seulement des usagers, mais aussi les plus hautes autorités.
Nous avons déjà pris du recul pour bien sauter quelques obstacles qui se posent jusqu’ici à une saine distribution de la justice.
Quelles sont vos attentes, en terme, de formation de vos membres ?
MKC : L’ordre entend organiser des formations continues afin de renforcer ses compétences techniques et juridiques. Sans conteste, il faut un encadrement professionnel de son organe de régulation, des référentiels méthodologiques clairs à élaborer (guides, normes, modèles de rapports) ainsi qu’un plan de carrière fondé sur le mérite, l’expérience et la probité.
Face à ces défis, comment l’ordre accompagne-t-il ses membres ?
MKC : Lorsque vous demandez comment l’ordre accompagne ses membres – la rhétorique vous aurait imposé de dire comment les membres aussi accompagnent-ils l’ordre ? Comme on le dit, l’union fait la force. C’est ensemble qu’on va parvenir à relever les défis. Au nombre desquels, la mauvaise perception de nos missions par les usagers qui doivent les cerner de près pour que la justice soit à l’aise dans sa distribution.
Par ailleurs, la notion de l’expertise à tendance à être galvaudée. Les gens ont plutôt recours à l’avocat, à l’huissier ou à d’autres experts de bureau (géomètre, ingénieur…) pour mener les missions de l’ordre en vue de résoudre leurs problèmes. Or, l’expertise relève d’un art, c’est une science. Ce domaine doit raffermir ses contours afin de s’acquitter décemment et efficacement de ses services au bénéfice d’une bonne justice. Il faut également relever les défis de communication pour répondre aux interrogations de l’opinion par rapport aux missions dévolues à l’ordre des experts judiciaires.
Au-delà de ses missions classiques, quel nouveau service l’expert judiciaire peut-il offrir aux usagers ?
MKC : L’expertise n’a pas de nouveau service. Comme je vous ai dit, elle constitue une science qui repose sur des principes.
Il s’agit des notions d’éthique et de déontologie. Tout ce qui peut s’inscrire dans ce domaine qui soit travaillé par les soins d’un expert attitré ayant prêté serment tel que vu à juste titre par la justice. C’est dire que les services extra ne relèvent pas forcément de l’expertise.
Nous allons travailler au renforcement des compétences de nos membres. Cela constitue l’une des missions à laquelle le bureau va s’atteler. Nous ferons en sorte que ceux qui évoluent en marge de l’ordre puissent regagner nos rangs.
Quand on travaille à contre-courant, on ne relève pas de l’expertise. En conséquence, on s’expose aux sanctions telles que prévues par la loi. La porte de l’ordre n’est pas fermée. Tout le monde peut s’en approcher, s’inspirer de ses objectifs, remplir ses conditions et s’y intégrer en bénéficiant du renforcement des compétences comme il est envisagé par le bureau.
Quels sont les principaux axes stratégiques de votre mandat ?
MKC : Notre premier axe consiste à travailler en harmonie avec tous les ordres de justice : l’ordre des avocats, l’ordre des huissiers, l’ordre des magistrats etc. Travailler en intelligence avec toutes les structures affiliées à la justice, l’ensemble des cours et tribunaux, les officiers de police judiciaire tout comme la gendarmerie.
Nous tenons à renforcer ces axes au bénéfice d’une bonne justice, tel que perçu et vu à juste titre par le Ministre de la Justice Garde des Sceaux. Cela convient au contexte dans lequel, ce grand magistrat a placé l’avènement de notre ordre.
Nous voulons que le travail effectué par nos soins puisse refléter notre honneur et notre serment. Faire en sorte que l’usager puisse voir ses attentes comblées toujours dans le respect de l’éthique et de la déontologie.
Quels sont les moments les plus difficiles de votre carrière ?
MKC : C’est le sacre de mon parcours, j’ai connu tant de fatigue, de croc-en-jambe et beaucoup de coups bas. J’ai travaillé dur pour la justice pendant 30 ans.
Qu’est-ce qui vous passionne dans le métier de l’expertise ?
MKC : Ce qui me passionne dans ce métier est l’investigation judiciaire en disant toute la vérité. Il faut que la vérité triomphe dans tous les actes que nous posons. Nous allons doubler d’efforts pour que cette vérité et cette impartialité prévalent dans tous nos rapports judiciaires.
Quel est mot de la fin ?
MKC : C’est de voir tout le monde se référer au tableau de l’Ordre des Experts Judiciaires du Mali (OEJM). Que les usagers ne se laissent embobiner par des gens qui prétendent être experts dans tel ou tel domaine sans avoir les qualités requises. Enfin, je souhaite au nom de notre ordre, bonne et heureuse année 2026 à toutes et à tous. Que ce nouvel an puisse être celui de la prospérité pour l’ordre, ses membres et l’ensemble des populations du Mali.
Manifestation de la vérité
L’Ordre des Experts Judiciaires du Mali (OEJM) en fait sa raison d’être
Cette faîtière qui regroupe les spécialistes de tous les secteurs d’activités a pour mission de régir et d’assurer la formation continue de ses membres. Veillant aussi à ce que ses membres respectent les normes de compétence, d’éthique et d’indépendance.
il collabore avec les tribunaux en fournissant des avis techniques de qualité. Autorité professionnelle, l’Ordre des Experts Judiciaires du Mali (OEJM) se bat également afin de rendre l’expertise à la fois fiable et impartiale. Toute chose qui contribue à étancher la soif de justice tant endurée par le Peuple.
La rédaction
