Issa SISSOUMA, D.G de l’UTM : Notre défi majeur consiste à disposer de moyens dans le but d’étendre la couverture de la mutualité à l’échelle du territoire national

« Mieux on investira dans le capital humain à travers l’organisation d’action aux soins de santé, mieux on optimisera les autres interventions que l’Etat fait dans le cadre de l’amélioration de la production nationale » dixit Issa Sissouma Directeur Général de l’union technique de la mutualité malienne (UTM)

Créée en avril 1998, l’Union Technique de la Mutualité Malienne (UTM) est une fédération qui regroupe plus de 90 mutuelles au Mali protégeant 600 000 à 700 000 personnes. Développant une industrie de gestion de l’assurance sociale, elle est régie par la loi n°022 de 1996. Dotée d’un Conseil d’administration (CA), l’UTM est l’un des organismes de gestion délégué pour tout ce qui concerne le secteur informel (agricole, artisanal…)

De façon générale, elle a trois objectifs. Primo, assurer la représentativité du mouvement dans ses relations avec les tiers, l’Etat et ses partenaires. Secundo, appuyer le développement de la mutualité sur l’étendue du territoire national. Tertio, offrir l’accessibilité financière à des mutualistes à travers une plateforme de gestion qu’elle dispose.

Dans le but de s’imprégner des perspectives mais aussi des défis liés au fonctionnement de cette structure, notre rédaction s’est entretenue avec le Directeur général de l’TUM, à son siège sis à Medina-Coura. Issa Sissoumaa pu imprimer sa marque professionnelle à cette structure dont il tient les commandes du gouvernail, depuis plus de deux décennies. But : assurer l’adhésion maximum des populations.

Quels sont les objectifs prioritaires de l’Union Technique de la Mutualité pour les trois prochaines années ?

Issa Sissouma : Pour les trois prochaines années, nos objectifs s’articulent sur trois piliers qui sont la raison d’être de l’Union Technique de la Mutualité Malienne (UTM). D’abord, par rapport à la représentativité, elle s’est engagée dans un processus de restructuration visant à muer les mutuelles de chaque région en fédération. C’est pour qu’elle soit, demain, membre de l’UTM au niveau national. Ensuite, nous allons faire en sorte que 19 régions du Mali réussissent à mettre en place leur fédération. Cela offre à l’UTM l’aptitude de parler au nom de l’ensemble des mutuelles qui auront également de compétence au niveau de leur localité respective.

Concernant le deuxième objectif, depuis pratiquement 2021, un processus de restructuration fut lancé à travers la création des mutuelles de santé des cercles. Notons que cette phase a été voulue par la stratégie nationale d’extension en matière de couverture maladie. Raison pour laquelle, aujourd’hui, on dénombre à peu près, une vingtaine de cercles qui ont des mutuelles agrées. Faut-il rappeler qu’à la faveur du nouveau découpage administratif, on a presque 159 cercles. C’est dire que courant les trois prochaines années, nous allons travailler à ce que chaque cercle ait sa propre mutuelle. Du moins, si nos moyens le permettent. Ce qui faciliterait notre tâche en perspective de la mise en route du Régime d’assurance maladie universelle (RAMU).

En plus de cet aspect partiel, nous sommes en train d’ouvrir des chantiers de restructuration des mutuelles par secteur d’activité. Nous les avons commencés avec la chambre des métiers. Déjà, on a enregistré une avancée dans le sens de la création d’une mutuelle sociale des artisans. Et ce, conformément à la réglementation communautaire qui l’exige pour ce secteur. Dans les prochains jours, nous allons aussi entamer le volet relatif au secteur de l’agriculture et ses différentes filières de production.

Nous menons ce processus avec l’Etat et ses partenaires dans le cadre d’une de nos missions essentielles. Notamment, à travers des services techniques comme l’Agence malienne de la mutualité sociale, la Direction nationale de la protection sociale et de l’économie solidaire (DNPSES) et la Direction nationale du développement social (DNDS).Ces derniers nous accompagnent pour le développement de nos activités. Mais pour le moment, force est de reconnaitre que leurs appuis ne sont pas à la hauteur de nos ambitions.

Il faut aussi préparer l’Union Technique de la Mutualité Malienne (UTM) à jouer pleinement son rôle d’organisme délégué de gestion. Cela s’inscrit dans le cadre de la bonne exécution du Régime d’assurance maladie universelle (RAMU). Pour y parvenir, nous œuvrons en harmonie avec la Caisse nationale d’assurance maladie (CANAM). Nous sommes en train d’identifier les voies et moyens permettant de le mettre en place au profit des travailleurs concernés.

À souligner que le mouvement mutualiste est censé couvrir 78% de la population. Donc 14 à 15 millions de Maliens vont bénéficier du RAMU par le biais des mutuelles. Le chantier est immense en lien avec nos trois objectifs programmés pour les trois prochaines années. Nous travaillons à jouer notre partition.

Comment la mutuelle se démarque-t-elle de la concurrence, des compagnies d’assurance et autres mutuelles ?

En tant que faitière des mutuelles au Mali, l’UTM a décidé de proposer deux produits d’assurance maladie. Le principal qui s’appelle Assurance maladie volontaire (AMV) est dispatché à peu près entre une quarantaine de mutuelles. Cette inscription donne la possibilité au bénéficiaire de se soigner en ambulatoire et en hospitalisation. Tout frais confondu (consultation, médicament et examen de labo) soit 70% est pris en charge en ambulatoire.

En hospitalisation, ce produit phare couvre 80% la consultation, l’examen et tout ce qui s’ensuit. Aujourd’hui, sa cotisation s’élève à 8 700FCFA par an. Ces offres ne peuvent se comparer à d’autres types d’assurance qui, à but lucratif, sont dans une logique de recherche de profit et du partage d’actionnariat. Or, l’Union technique de la mutualité malienne (UTM) ne convoite aucun gain sur ce que les assurés payent. Grâce à l’accompagnement de l’Etat, certains coups sont supportés. Sans cet appui, nos produits seraient exorbitants.

Nous essayons d’être plus proches de la réalité des populations. À preuve, pour l’Assurance maladie volontaire (AMV) le souscripteur bénéficie de la prise en charge du Centre de santé communautaire (CSCOM)au Centre hospitalier-universitaire (CHU). Par ailleurs, je profite de l’opportunité que vous m’avez offerte pour rappeler que d’autres nous accompagnent. Notamment, les mutuelles territoriales même si leur rayonnement se limite à un cercle ou à une région.

Si vous quittez la localité, votre couverture s’arrête automatiquement. Cet état de fait est souvent dû à la capacité contributive des populations. C’est pourquoi, dans le cadre de l’Assurance maladie volontaire (AMV), on ne paie que 8 700 FCFA par an pour avoir un paquet complet couvrant du CSCOM jusqu’au CHU. Cependant, la population dit que sa bourse ne peut aller au-delà des 5000 F. Avec ce montant, on va voir le produit qui lui conviendra. Mais, pas certainement celui permettant de l’assurer jusqu’au niveau du CHU.

En dépit de ce contexte, l’Union technique de la mutualité malienne (UTM) ne tente de s’inscrire dans une logique de concurrence même si certains acteurs le veulent bien. À l’opposé, elle vise à fédérer l’ensemble des mouvements mutualistes. Tout comme, elle ne sélectionne l’assuré en fonction de son âge ni de l’historique de sa maladie. Optant pour l’inclusivité, nous vous demandons de faire un bilan santé, à la suite duquel, votre prime d’assurance sera fixée.

Quels sont les défis majeurs auxquels vous faites face ?

De nos jours, notre défi majeur consiste à disposer de moyens dans le but d’étendre la couverture de la mutualité à l’échelle du territoire national. Comme précédemment expliqué, les portes d’entrée de 78% de la population Malienne au Régime d’assurance maladie universelle (RAMU) passent par les mutuelles. Il faut qu’elles soient plus proches, pour mieux toucher les personnes concernées. Autre défi est de chercher les moyens de l’Etat et celui des partenaires pour une couverture assez représentative par les mutuelles.

Que bloque concrètement la mise en œuvre du RAMU dont vous parlez tant, ces dernières années ?

Les travaux préparatoires sont assez avancés. Souvent, une réforme de protection sociale prend du temps pour que l’ensemble des acteurs impliqués soient informés et comprennent les enjeux. À titre de rappel, depuis l’année dernière, l’organe de gestion de la Caisse nationale d’assurance maladie (CANAM) est en train de multiplier les concertations à l’endroit des différents acteurs pour les préparer à l’effectivité de la réforme. Une équipe de la CANAM doit passer, ici, à l’Union technique de la mutualité malienne (UTM) pour qu’on travaille sur les aspects d’enrôlement et de paramétrage du processus.

Je crois qu’avant la fin de cette année, on verra la première couleur de ce régime. Pour dire que le mouvement mutualiste se prépare bien. Aujourd’hui, nous couvrons à peu près 600 000 à 700000 personnes et allons recevoir dans les prochains mois 14 à 15 millions d’assurés. Cela demande des infrastructures adéquates et des capacités en ressource humaine et matérielle. C’est pour être d’aplomb par rapport à l’effectivité de cette reforme impliquant une capacité économique de l’état à soutenir.

Depuis 2011, l’Etat cofinance 50% de la cotisation des populations du secteur informel (agricole ou rural) qui adhèrent à la mutuelle. Chaque année, il se positionne ainsi afin de réunir les ressources lui permettant d’honorer ses engagements. Cette contribution constitue un des motifs de l’effectivité du Régime d’assurance maladie universelle (RAMU). Cependant, une autre question épineuse porte sur les ressources humaines. En fait, on sait que les premiers acteurs mutualistes commencent à prendre de l’âge. Ce qui nécessite l’arrivée de nouveaux administrateurs dotés de capacités renforcées dans le but d’assurer le transfert de compétence générationnelle.

Quelles actions concrètes mettez-vous en place pour améliorer la fidélisation et la satisfaction de vos clients ?

Une mutuelle c’est d’abord la prévoyance et l’entraide. C’est pourquoi, les gens doivent venir s’inscrire avant que les risques n’arrivent. Ils payent 3 à 4 ans sans tomber malades. Pendant ce temps, la solidarité fait que leur fonds est utilisé pour soigner d’autres personnes. Maintenant, la mutuelle se doit de les fidéliser. C’est ainsi qu’on s’occupe aussi de la santé préventive en offrant des moustiquaires imprégnées à un assuré fidèle. Dans le même chapitre, la mutuelle mène souvent des activités de récupération nutritionnelle. Même si la famille de l’intéressé n’est pas dans le besoin, elle peut aussi aider ses proches et les populations à améliorer leur niveau de contribution à travers des financements d’activité génératrice de revenus. Ce sont entre autres actions que la mutuelle met en place pour fidéliser ses assurés.

Il ya d’autres produits que les gens ont besoin, pour lesquels, ils sont prêts à financer. Par exemple : la retraite et le décès. Des choses que l’assuré peut bénéficier grâce à la pension, à la rente et autres, selon les réalités des secteurs. Dans le domaine de l’agriculture, l’assuré peut être victime des calamités naturelles (inondation, incendie ou invasion acridienne…) Voilà des choses, pour lesquelles, les gens sont décidés de jouer à la solidarité en vue de gérer des risques non liés à la personne physique mais à un ensemble de son environnement. Ils sont donc de plus en plus conscients que leur vie en société peut également constituer un facteur de vulnérabilité.

Comment favorisez-vous la cohésion d’équipe et la performance au sein du personnel de votre structure ?

De façon générale, la question que vous venez de poser fait partie des managements. Nous sommes une équipe où la fidélité institutionnelle est aujourd’hui une réalité. ce qui fait que maintenant, il y a moins de mouvements de départ dans nos rangs. Cela sous-entend que les gens trouvent un intérêt à rester notamment à travers des programmes de renforcement des capacités incitant les uns et les autres à une certaine production. En plus, chaque fois que l’opportunité se présente, nous encourageons des promotions internes permettant à une partie du personnel de gravir des échelons. Aussi nous développons des compétences, à partir desquelles, nous pouvons puiser lorsque des besoins de recrutement se font sentir. Souvent, nous offrons des stages de qualification à des jeunes diplômés qui participent à nos activités.

Au niveau des équipes, nous travaillons pour que chacun puisse se sentir concerné par les missions que nous menons. N’eut été la situation difficile que nous connaissons actuellement, chaque année, nous organisions des ateliers d’élaboration des plans d’action. Ils donnaient l’occasion de corriger certaines insuffisances précédemment signalées. Faute de cela, nous constatons que beaucoup d’assurés sont, ces derniers temps, quelque peu insatisfaits de leur prise en charge. C’est le cas au niveau des pharmacies conventionnées ou lors des consultations au Centre de santé communautaire (CSCOM) et dans les hôpitaux privés.

Comment expliquez-vous cet état de fait un peu préjudiciable à l’image de la mutualité ?

Quand on est confronté à une telle situation, le feedback est le bienvenu pour s’améliorer. Pour la petite histoire, l’assurance maladie mutualiste a aujourd’hui 26 ans. Lancée en 1999, elle a démarré en 2000. Après un quart de siècle d’activités, les assurés des premières heures sont toujours là. C’est dire qu’il ya des gens qui en ont eu satisfaction. Par contre, d’autres rencontrent encore des difficultés. Nous mettons cela dans le cadre de l’œuvre humaine qui subit des mutations.

Quel type de rapport entretenez-vous avec vos partenaires ?

Je précise que nos partenariats avec les structures sanitaires sont de longue date. Ils s’améliorent au fil du temps. Nous demandons aux assurés de nous informer dès qu’ils rencontrent une difficulté d’accès aux soins. À chaque fois, on se présente, pour que dans le cadre d’un dialogue constructif, nous puissions échanger avec les responsables. Et voir comment on peut résoudre le problème signalé.

C’est le seul moyen d’améliorer les dispositifs. Pour preuve, quand nous signons une convention avec les structures, nous formons également les agents impliqués dans le circuit de prise en charge. Mais, le problème est que souvent la personne (formée) est mutée ou admise à la retraite. Les assurés rencontrent donc un nouveau personnel ne disposant d’information nécessaire sur le partenariat entre la mutuelle et la structure sanitaire concernée.

Quand tu te présentes et qu’un nouvel agent dit que ta carte ne fonctionne plus, ici, ou qu’elle n’est pas à jour, ce changement doit être anticipé par une campagne de sensibilisation. Entre temps, nous serons disposés à accompagner cet agent sur à propos de la nouvelle procédure à suivre afin que notre dispositif de partenariat ne pénalise les assurés. C’est une œuvre humaine, à chaque fois que ce genre de situation se produit et qu’un assuré nous en informe, aussitôt l’alerte est donnée. Ça nous permet de retrouver l’agent en question en vue de renforcer les dispositifs.

Beaucoup de personnes viennent nous exprimer leur satisfaction par rapport à la prise en charge. Je rappelle que la mutualité fait partie d’un ensemble de politique nationale. Par ailleurs, l’orientation sur le plan aussi pharmaceutique prévoit une liste de médicaments essentiels au Mali à tous les niveaux de prise en charge. On ne peut aller à l’encontre de cette mutualité qui s’inscrit dans le cadre d’une facilité d’accès financier aux soins de santé.

La liste nationale de médicaments essentiels est notre référence commune. Elle comprend bien de produits dits Dénomination commune internationale (DCI) que ceux de spécialité. Chaque fois que les professionnels de santé trouvent qu’un médicament est utile à la prise en charge des maladies des populations, l’Etat renonce à tout ce qui est droit de taxe et de cordon douanier y afférent. Du coup, le produit en question coûte relativement moins cher aux citoyens.

Quel serait votre mot de conclusion ?

Je lance un appel pressant à l’Etat et à ses partenaires, parce que la mutualité doit couvrir 78% de Maliens. On sait que le lancement du Régime d’assurance maladie universelle (RAMU) est imminent. Raison pour laquelle, nous pensons que le pouvoir public doit encore renforcer le soutien au développement de la mutualité. De nos jours, les moyens mobilisés sont loin de permettre d’atteindre nos ambitions.

Généralement, les systèmes de protection sociale les plus robustes sont ceux qui renforcent la résilience des populations face aux différentes crises. Aujourd’hui, le RAMU est l’un des meilleurs canaux offerts à notre population dans ce sens. C’est un investissement sur le capital humain car, plus on est en bonne santé, mieux c’est !

À titre d’exemple, l’Etat fait suffisamment d’efforts au sujet de la subvention d’engrais et autres choses. Mais, imaginez un agriculteur qui tombe malade, alors qu’il ne dispose de moyens pour se faire soigner. Est-ce que son engrais pourrait-il l’apporter le soutien espéré au plan de la productivité ? La réponse est, non !

Donc on doit bien investir dans le capital humain, à travers l’organisation d’action aux soins de santé. Ce faisant, on optimisera les autres interventions que l’Etat peut effectuer dans le cadre de l’amélioration de la production nationale.

Réalisé par Nouhoum Konaré et Oumar Bah

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