Pont « Babili Koroni » déguerpi : le diable s’y était-il caché ?

Depuis longtemps, des propriétés mystiques (fondées ou infondées) ont été attribuées à ‘’Souta dounou’’ un point situé sur le pont submersible communément appelé ‘’Babili Koroni’’. Les offrandes et libations qui s’y faisaient au quotidien l’avaient transformé en monstre à polluer le fleuve. Mais, il y a quelques semaines, la démolition des installations et autres lieux de plaisir anarchiques est venue mettre un terme à ce phénomène qui a trop duré. Lire notre aperçu de ce vendredi 15 août 2025

Tout d’abord, il convient de rappeler que ce premier pont de Bamako dit submersible datant de l’époque coloniale permettait durant la décrue de relier à pied et en engin, les deux rives du fleuve qui parcoure notre capitale d’ouest à l’est. Communément appelé en langue nationale Bambara Babili Koroni, on raconte qu’il facilitait la traversée aux habitants qui étaient estimés à seulement quelques milliers.

Le revers de médaille a fait que rapidement des pouvoirs mystiques ont été (vrai ou faux) conférés à une partie très profonde du lit de ce fleuve qui a été finalement baptisée ‘’Souta dounou’’. Quelles sont l’origine et la signification de ce dialecte ? Pour le moment, et en dépit des efforts nous n’avons pu en obtenir aucune réponse fiable.

Par contre, on sait que des gens accros à l’occultisme et autres croyances fréquentaient ce ‘’Souta dounou’’ en procédant à des offrandes et libations aux mânes des aïeux et aux génies qui gouvernent l’eau. Ils espèrent ainsi obtenir ce dont ils ont besoin. Mais, l’une des premières conséquences de ce phénomène a transformé le pont Babili Koroni en véritable world trade center, version malienne. De nombreuses activités étaient menées à ciel ouvert et au mépris de la loi.

Des marchands de bétails peu scrupuleux, aux revendeurs de crédit de la téléphonie mobile assurant également le dépôt et le retrait d’argent via les tenancières des gargotes insalubres et les promoteurs de bars moins respectueux des normes. Il en demeurait de même pour les réparateurs d’engin à deux et à quatre roues, les détaillants du carburant souvent frelaté, les étals de vente (de plantes, de cauris, de colas, d’aiguilles à coudre et d’autres objets insolites). En somme, au point de passage dit ‘’Souta dounou’’ chacune et chacun avaient chaque jour une source de revenus plus ou moins stable.

Cependant, dans cet univers hétéroclite, les bouchers étaient les plus prisés. Ils bravaient les anciens et nouveaux conseils prodigués relatifs aux interdits (avérés ou non) en matière d’abattage d’animaux. Le pelage, le plumage, le coloris et d’autres aspects morphologiques d’une espèce incitant à la prudence, n’étaient jamais leur préoccupation. Ils se moquaient éperdument du moment et du lieu exigés par celles et ceux qui les sollicitaient. La seule chose paraissant précieuse à leurs yeux était le prix à payer. Ils n’hésitaient à égorger, dépiauter et dépecer, sans répit, les bovins, ovins, caprins et volailles.

Selon les besoins, après l’étape méticuleuse de la boucherie, les chairs crues étaient jetées dans le fleuve ou cuisinées sur place au beau milieu de la végétation, en haut d’une rocaille ou dans un espace se trouvant entre les piliers imposants du troisième pont de Bamako situé juste au-dessus du pont dit Babili Koroni. Souvent, les viandes saignantes sont aussi emportées pour être consommées en famille ou vendues à une clientèle spécifique qui venait rôder comme un vautour insatiable flairant la décomposition d’un cadavre. Mais, le plus important constitue le sang offert aux esprits invisibles afin de voir exaucer un vœu longtemps nourri.

En effet, au Mali tout comme ailleurs, Dieu seul sait le nombre de personnes obsédées par le désir de procréer, de décrocher un emploi ou de faire prospérer leurs activités (économiques, politiques, sportives ou spirituelles). Les adeptes de cette communauté obscure sont donc issus de toutes les couches sociales, de différentes catégories d’âge et des secteurs tant public que privé. Ces activités combinées constituaient un cocktail désastreux qui avait en un clin d’œil sérieusement pollué l’écosystème fluvial d’un Mali déjà confronté à beaucoup de défis.

Soucieuse de livrer au public des informations objectivement digestes, le dimanche 3 août 2025, une équipe de notre rédaction a encore visité ce lieu. Elle a échangé avec un observateur assidu de ce fléau qui est en nette progression. À l’entendre, le flux d’individus s’adonnant à visage découvert aux offrandes et libations sur le pont Babili Koroni qui était de quelques centaines, en 1960 à l’accession de notre pays à la souveraineté internationale, aurait, aujourd’hui, atteint un millier.

Les campagnes (de propagation, de conversion et même de fidélisation) entreprises par certains leaders des religions dites révélées auraient-elles montré des failles ? Difficile de répondre à cette question faute de disposer d’une statistique fiable officiellement établie. En revanche, on sait que ces dernières années, le nombre de gens ayant fait marche arrière aux croyances ancestrales jadis rejetées aurait connu une croissance exponentielle dans la sous-région ouest africaine.

La conclusion au point focal de notre publication, suscite une interrogation interpellative : n’est-il temps de procéder à une évaluation de l’étendue du gâchis parfois irréversible causé à l’environnement qui représente notre survie ? Pour y répondre, il suffit de jauger les kilos des rebuts issus de l’abattage des animaux sacrifiés qui sont, à tout moment, jetés dans le lit de notre fleuve perturbant l’équilibre de la faune et de la flore.

Les personnes en quête d’un bonheur terrestre éphémère et égoïstes doivent alors subir une mutation de mentalité. C’est dire que le déguerpissement de celles et ceux qui s’étaient illégalement installés sur et aux alentours du pont ‘’Babili Koroni’’ permettra de sauver une partie du fleuve Niger, témoin de beaucoup d’événements historiques.

En outre, ces minuscules installations offraient un champ propice à l’émergence et au développement du proxénétisme au Mali. À preuve, des homos et hétérosexuels plusieurs surpris en plein acte par des résidents et passants auraient été confiés au Commissariat de police de Sotuba situé non loin de l’Institut d’économie rurale (IER). « La possession et la consommation d’alcool et des psychotropes étaient monnaie courante dans ce milieu », explique un habitant qui a requis l’anonymat.

Selon un autre informateur, les polythéistes auraient été chassés de cet endroit au moyen des forces de l’ordre afin de ne donner la moindre opportunité aux terroristes de venir s’y réfugier. Les partisans du mal pouvaient aussi s’en servir comme des pépinières. « C’est une femme fortunée vivant dans le parage de la cité des logements sociaux de Sotuba ACI 2000 qui aurait exigé le démantèlement de ces bâtis autorisés ou non », soutient un revendeur de sables et de moellons qui, depuis longtemps, s’est installé sous un hangar en paille. Alors le vrai diable se cacherait-il dans le détail ou à proximité du pont Babili Koroni ? On ne saurait tout vous raconter car, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire.

Oumar Bah

 

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