Samuel Doe : Du sergent ignoré au dictateur sanglant, l’histoire d’un Liberia fracturé

Dans les brumes chaudes du Liberia de la fin des années 1970, un homme modeste, Samuel Kanyon Doe, s’apprête à changer à jamais le destin de son pays. Né dans une minorité ethnique, les Krahn, et formé aux méthodes des forces spéciales américaines, Doe ne fait alors pas figure de favori pour accéder au pouvoir. Et pourtant…

Le 12 avril 1980, à seulement 28 ans, il orchestre un coup d’État éclair, renversant le président tolérant William Tolbert, et mettant fin à plus d’un siècle de domination politique de l’élite afro-américaine, celle des descendants d’anciens esclaves venus des États-Unis. C’est la première fois qu’un autochtone dirige le Liberia depuis son indépendance en 1847. Il fait exécuter au poteau, tous les ministres du gouvernement précédent.

Mais ce nouveau régime, baptisé « People’s Redemption Council », s’installe vite dans une atmosphère de terreur. Doe suspend la constitution, dissout le parlement, et instaure une dictature militaire où l’arbitraire est la règle. Le sang coule: les opposants tombent sous les balles, exécutés en public pour semer la peur.

Soucieux de consolider son pouvoir, Doe favorise son ethnie Krahn, exacerbant des tensions ethniques déjà profondes. Le Liberia devient un climat répressif où la méfiance et la violence s’accroissent.

Le régime bénéficie d’un soutien initial des États-Unis, dans le contexte stratégique de la Guerre froide, mais cet appui se ternit rapidement face à la corruption rampante et la dégradation sociale.

En 1989 éclate une guerre civile : Charles Taylor, un ancien ministre limogé, lance une rébellion qui embrase le pays. La capitale Monrovia devient un champ de bataille désespéré.

En 1990, Prince Johnson, un autre chef rebelle dissident, capture Samuel Doe dans des circonstances dramatiques et cruelles. La fin est atroce : torturé, mutilé — ses jambes criblées de balles, ses doigts et oreilles tranchés — il est assassiné par balle, puis son corps est exhibé en public, conservé au formol pour que le peuple voie la fin sanglante du dictateur.

Cette fin macabre symbolise la chute tragique d’un homme dont le règne avait éveillé espoirs et cauchemars, et d’un pays plongé dans une décennie de chaos.

L’histoire de Samuel Doe est un regard sans concession sur la complexité des crises africaines, les dangers du pouvoir ethnocentré, et l’influence des grandes puissances. Un récit à méditer pour mieux comprendre les défis du continent.

Marc Keuza

 

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