Une femme accro au TikTok Se fait répudier à Sénou par son mari

Au quartier de Sénou, un fait divers a captivé l’attention des habitants et relancé les débats sur l’impact des réseaux sociaux dans les foyers maliens. En fait, B.K un chauffeur de taxi de 38 ans, a décidé de répudier son épouse A.T 29 ans pour son « addiction » à l’application chinoise TikTok. Lire les faits

Ce fait met en lumière les défis croissants auxquels les familles maliennes sont confrontées face à l’essor des nouvelles technologies. A.T, mère de deux enfants a découvert l’application chinoise TikTok, il y a environ un an. Elle fut rapidement séduite par la possibilité de tourner des vidéos de danse, des sketches et de partager des moments de sa vie quotidienne.

Vue par une communauté de plusieurs milliers d’abonnés, attirés par son charisme et son style coloré, elle passait des heures à se filmer, à éditer ses vidéos et à répondre aux commentaires », raconte Fatimata, une amie proche. « Pour elle, c’était une façon de s’évader du quotidien et de se sentir valorisée. »

Mais pour B.K (le mari) cette passion de son épouse est vite devenue un problème. À l’entendre parler, A.T négligeait ses responsabilités dont la cuisine, l’entretien de la maison et l’attention portée à l’égard de leurs enfants, âgés respectivement de 5 et de 8 ans.

« Rentré épuisé après 12 heures de travail, je la trouvais en train de danser devant son téléphone ou de discuter avec des inconnus en ligne », confie-t-il à un voisin. Les disputes se sont alors multipliées, car B.K ne cesse de reprocher à sa femme de « privilégier le monde virtuel » au détriment de leur vie de famille.

Le point de non-retour a été atteint, il y a deux semaines, quand A.C dansait sur une chanson populaire, vêtue d’une robe moulante achetée pour l’occasion. Cette vidéo cumulant des milliers de vues a suscité des commentaires élogieux, mais aussi des remarques jugées déplacées par B.K.

« Complimentée de manière irrespectueuse, elle encourageait cela », affirme son mari.

Profondément attaché aux valeurs traditionnelles, cette exhibition de sa femme était une humiliation. Après une dispute houleuse, il a prononcé la répudiation en présence de deux témoins, comme le permet la coutume dans leur communauté.

Cette affaire a rapidement fait le tour de cette partie de Sénou où vivent B.K et sa famille, suscitant des débats passionnés. Les avis étant partagés, certains soutiennent son époux estimant que l’épouse a outrepassé les limites en s’exposant sur les réseaux sociaux. « Une femme mariée doit respecter son foyer et son mari. TikTok ne devrait pas passer avant la famille », déclare Oumou, une commerçante de 45 ans.

D’autres, en particulier les jeunes, défendent A.T soulignant que son activité sur TikTok est une source de créativité et d’indépendance financière. En effet, la dame avait commencé à collaborer avec des boutiques locales pour la vente promotionnelle de leurs vêtements. Elle gagnait ainsi un revenu complémentaire.

« Dehors, un homme peut travailler toute la journée. Pourquoi, une femme ne peut utiliser son téléphone pour s’exprimer ? », s’interroge Aïssata étudiante de 22 ans férue des vidéos d’AT. « ne faisant rien de mal, elle montrait juste son talent », a-t-elle ajouté.

Ce fait n’est pas un cas isolé au Mali où l’essor des réseaux sociaux et de TikTok en particulier, provoque des débats sur les normes culturelles et les rôles genrés à définir. « Les réseaux sociaux amplifient les tensions préexistantes au sein des couples, notamment dans les communautés où les attentes traditionnelles envers les femmes restent fortes », explique Mamadou Diallo, enseignant à Sénou. Précisant que TikTok, avec son format visuel et son accessibilité attire particulièrement les jeunes femmes qui le voient comme une opportunité d’expression et d’autonomisation. « Mais, cela peut être en conflit avec les attentes de leur entourage », fait-il savoir.

Alerté sur la situation, Cheikh Ibrahim, personne de ressource, a appelé à un usage responsable des réseaux sociaux. « La technologie est une bénédiction, mais doit être utilisée avec modération pour ne perturber l’harmonie familiale », a-t-il déclaré lors de son sermon du vendredi passé. Il a également exhorté les couples à privilégier le dialogue avant de recourir à des mesures radicales comme le divorce.

Habitant désormais chez sa sœur aînée, A.T a brisé le silence dans une interview qu’elle nous a accordée. « Je ne comprends pas pourquoi on me reproche de vouloir m’exprimer », s’étonne-t-elle. « TikTok m’a permis de me sentir vivante et de rencontrer des gens qui apprécient ce que je fais », a-t-elle expliqué d’une voix tremblotante. Ajoutant qu’elle envisage de contester la répudiation, arguant que son mari n’avait pas cherché à comprendre son point de vue. « J’ai toujours aimé ma famille, mais j’ai aussi le droit d’avoir mes passions », a-t-elle insisté.

Ce fait soulève également des questions universelles sur l’équilibre entre tradition et modernité, entre liberté individuelle et responsabilité collective. L’histoire (B.K et A.T) continue de faire parler au point que les uns l’attribuent le symptôme qui manifeste les transformations rapides de la société malienne. Les autres la qualifient comme un simple malentendu conjugal exacerbé par les réseaux sociaux.

Bien que la quête d’une concession soit en cours, A.T poursuit ses publications sur TikTok. Elle a même partagé une vidéo émouvante remerciant ses abonnés pour leur soutien et promet de continuer à briller quoi qu’il arrive.

Nouhoum Konaré

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