Aperçu sur l’histoire et le rôle des syndicats au Mali : Oumar Traoré dépeint les soubresauts du syndicalisme au Mali

Dans un ouvrage intitulé : « Le Pouvoir des Travailleurs – aperçu sur l’histoire et le rôle des syndicats au Mali », Oumar Traoré dépeint les soubresauts du syndicalisme au Mali, évoque sa partition à l’avènement des libertés et met en exergue sa prise de position en faveur des droits des travailleurs. Pour mieux vous servir, notre rédaction a feuilleté les 163 pages afin d’en extraire la quintessence.

Lire le premier chapitre de ce condensé

L’actuel secrétaire administratif de la Confédération Démocratique des Travailleurs du Mali (CDTM), Oumar Traoré se conforma aux rites en usage dans le domaine de création littéraire. À l’image d’autres œuvres ordinaires, il érigea la sienne sur sept piliers majeurs. Il s’agit de la dédicace, de la préface, de la présentation, du sommaire, de l’introduction, des références bibliographiques et de la table des matières.

Entrant dans le vif du sujet, il écrit que le syndicalisme malien fut enfanté dans la douleur et le travail forcé. bien forgé à l’issue de cette épreuve coloniale, il s’acquitta d’un rôle clé contribuant, sans conteste, à l’accession de notre pays à l’indépendance, le 22 septembre 1960. Pour cette raison, Oumar Traoré estime à travers sa plume pointilleuse qu’il serait injuste d’occulter cette cause défendue par la classe ouvrière. « Les travailleurs Maliens ayant rêvé de liberté et de droit, les ont finalement conquis au prix de leur mobilisation et de la prise de conscience de leur force », fit-il savoir.

Comme si une autre page dégoutante doit inexorablement se tourner. Le 26 mars 1991, les sacrifices consentis durant des semaines sous forme de manifestation et de résistance à Bamako et à l’intérieur du pays par plusieurs milliers de Maliens mirent fin au régime autoritaire du président Moussa Traoré. Là encore, c’est sous la houlette des travailleurs et des étudiants que cette victoire fut obtenue après 23 ans émaillés de terreur.

Les syndicats revinrent enfin sur la scène nationale en cassant le joug de plus de deux décennies de musèlement et d’inaction. Cette période sombre en sus de permettre de tirer diverses leçons, légua un héritage de combativité et de résilience qui se perpétue au Mali. Elle révéla aussi que le premier produit de base fertilisant la réussite de toute mutation se conçoit nécessairement grâce à des alliances à nouer. Notamment avec la classe intellectuelle, les exilés politiques et les organisations de défense des droits humains.

Cependant, ces forces disparates représentantes attitrées d’un Peuple sans voix et maintenu à volonté dans un état d’engourdissement ont des droits et devoirs à concilier. En faisant preuve d’autodiscipline, elles doivent renoncer (peu importe la portée de l’enjeu du moment) à franchir une ligne rouge. Celle tracée par une éthique syndicale engageant la responsabilité de chacun avant tout acte à poser. En d’autres termes, celles et ceux qui organisent ou dirigent une lutte noble doivent s’abstenir de mener une action de nature à provoquer dans leur pays l’effusion de sang et la crise économique.

 

Respectueux de cette vision constructive, lit-on dans cet ouvrage dédicacé à Sidibé Dédéou Ousmane ex ministre de l’éducation, les syndicats furent à l’avant-garde de toute évolution. En témoigne, leur implication directe à la chute en 1991 du régime de Moussa Traoré. Convient-il de souligner au passage que ce béret vert, à la tête du Comité militaire de libération nationale (CMLN) a été le tombeur, en novembre 1968, de Modibo Keita. L’homme qui étrenna le premier fauteuil présidentiel de l’histoire du Mali souverain.

Vint le renversement du fondateur de l’Union démocratique du peuple malien (UDPM), le parti unique. Cette alternance a été forcée par le Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) placé sous l’autorité d’Amadou Toumani Touré (ATT). Les syndicalistes participèrent ainsi aux travaux de la première Conférence nationale organisée en 1991. Ce conclave des citoyens s’est tenu à Bamako au palais de la culture Amadou Hampaté Ba. Une seule question dont les ramifications s’étendent à tous les domaines de la vie s’y posa : « Comment redéfinir les bases de l’Etat ? »

Faut-il rappeler que cette grosse interrogation devenue si récurrente était d’ailleurs la thématique principale des Assises Nationales de la Refondation (ANR). Déroulées un peu partout au Mali suite à l’arrivée au trône en août 2020 des hommes en treillis, ces ANR équivalent à la conférence nationale de 1991. Répondant donc à « comment rebâtir le pays ? » Oumar Traoré, spécialiste en gestion des ressources humaines et en stratégies de communication rafraîchit les mémoires.

Il précisa que l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM) demanda lors de ce cadre d’échange entre filles et fils, une transparence totale dans la gestion de l’Etat. Et ce, afin d’éviter à la nation la réédition de toute situation déplorable imputable au mauvais règne d’un pouvoir. Ancêtre des centrales qui ont ultérieurement vu le jour dans le pays, l’UNTM usa aussi du poids de son influence.

Du coup, on octroya dans la nouvelle loi fondamentale élaborée en février 1992 des garanties solides à la liberté syndicale et à la négociation collective. La fin de cette mue politique, institutionnelle et législative entraîna ipso facto, pour la première fois, le Mali dans un processus de transition chapeauté par ATT. Toute chose dont un des premiers effets escomptés abouti à la légalisation du pluralisme syndical.

Ce qui traduit, écrit l’auteur en herbe, par la mise dans les fonts baptismaux, en avril 1998, de la Confédération Syndicale des Travailleurs du Mali (CSTM). Suivie en novembre 2006, de la Confédération Malienne du Travail (CMT). Le compteur s’est arrêté, certainement de manière temporaire, après la naissance en 2014 de la Confédération Démocratique des Travailleurs du Mali (CDTM). Siégeant au quartier Hippodrome en Commune II du district de Bamako, dans une bâtisse non pittoresque, elle demeure imperturbable aux turbulences (d’où qu’elles viennent) qui s’ingénient à la déstabiliser. « Fidélité aux sillons esquissés par le destin immuable » semble la devise cultivée à la CDTM.

 

C’est dire que cette pluralité syndicale élargit également l’espace consacré à la vie des organisations ouvrières. Il offre désormais un champ propice à l’émulation qui, par essence, se veut à la fois salubre et édificatrice d’un Mali pacifique, digne et prospère. Mais, il est indéniable que l’arbre ne peut cacher la forêt. En clair, le fleuve fut-il long et intarissable irriguant le syndicalisme n’a jamais été exempt de reproche, comme toute œuvre humaine.

 

Contrairement, à ce qu’on fait croire à une opinion publique mal informée ou désintéressée, il traîne un abcès mettant constamment en péril son existence même. À preuve, le renouvellement du bureau de l’instance suprême, l’élection des dirigeants, l’adoption des résolution stratégiques et la redéfinition des principales directives, ont souvent opposé les uns aux autres. Les raisons exactes sont inavouées ou révélées aux seuls initiés.

Sinon, pourquoi tente-t-on de se déroger au respect d’un texte pourtant défini à l’unisson et sans contrainte ? Les dispositions écrites noir sur blanc ne visent-elles à assurer le fonctionnement correct et efficient d’une structure devant donner le bon exemple aux autres ? Mais, telle la goutte d’eau qui déborde le vase, vint se greffer à cette non application des règles du jeu, la problématique liée au financement.

À lire dans le livre « Le Pouvoir des Travailleurs » les syndicats devraient en théorie trouver leurs fonds de roulement à partir de la cotisation des militants, sympathisants et dons. Mais en réalité, force est de constater que la majorité met rarement la main à la poche. Les causes expliquant cet état de fait à la fois anormal et chronique sont connues.

Primo, la modicité du salaire empêchant les travailleurs d’allouer une partie au payement de leurs cotisations. Secundo, l’opacité dans la gouvernance de certains syndicats décourage les adhésions, pourvoyeuses de ressource financière et de mobilisation humaine. Tertio, l’informalité excluant du réseau syndical classique une frange significative des travailleurs.

En conséquence, cet épineux et sempiternel sujet suscite une autre grosse interrogation : « un syndicat financé par l’Etat ou une organisation d’obédience peut-il efficacement défendre les travailleurs ? » Non ! Ce point d’exclamation à valeur de réponse négative fait aisément comprendre un phénomène persistant ici et ailleurs.

Il détricote « pourquoi et comment » certains syndicalistes probablement assoiffés du pouvoir ou du lucre, s’adonneraient si facilement à la félonie. Ils accepteraient de vendre leur âme aux diables, en monnayant un combat à même de restituer l’espoir à des victimes impuissantes face à une injustice ou un excès.

Édité par EDIS, à signaler qu’Oumar Traoré et Ousmane Almoudou Touré ont conçu et préfacé cet ouvrage digeste à la lecture et accessible à la compréhension. Ces deux bourreaux du travail sont respectivement Secrétaire administratif et Secrétaire général de la Confédération Démocratique des Travailleurs du Mali (DTM).

Dans le deuxième volet de notre compilation sur ce bouquin à paraitre prochainement, nous y évoquerons le rôle fondamental de la gent féminine dans le monde du travail au Mali. Un accent sera aussi mis sur sa marginalisation dans les structures syndicales alors qu’elle représente une part considérable de la main d’œuvre. Particulièrement dans le secteur informel dont le commerce et l’agriculture.

À suivre

Oumar BAH

Please follow and like us:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Résoudre : *
24 × 9 =


RSS
Follow by Email
Facebook
Twitter