Nous lançons solennellement l’Appel de Bamako et prenons, devant l’Afrique et le monde, les engagements suivants :
I. Pour une souveraineté narrative africaine
1. Reprendre le contrôle du récit africain
Nous revendiquons le droit légitime des Africains à raconter leur propre histoire, à définir leurs réalités et à porter leurs imaginaires dans l’espace médiatique mondial. Nous refusons les représentations simplistes, stéréotypées ou uniformes qui réduisent l’Afrique à un continent de crises permanentes.
Nous appelons les médias africains à promouvoir un journalisme ancré dans les réalités locales, valorisant les initiatives, les innovations, les cultures, les savoirs et les réussites africaines.
2. Construire une narration africaine souveraine
Nous appelons les institutions de formation au journalisme à adapter leurs programmes aux réalités contemporaines afin de contribuer à l’émergence d’un narratif africain fort et crédible.
Nous encourageons la production de contenus panafricains capables d’influencer les débats mondiaux et de renforcer la présence des voix africaines dans les espaces internationaux d’information.
Nous appelons à une coopération renforcée entre agences de presse, médias publics, médias privés et créateurs de contenus africains afin de mutualiser les productions éditoriales et les ressources stratégiques.
3. Promouvoir les langues et patrimoines africains
Nous demandons une intégration plus forte des langues africaines dans les médias, les plateformes numériques et les systèmes technologiques afin de préserver et transmettre la richesse culturelle du continent.
II. Pour une souveraineté numérique africaine
4. Construire des infrastructures africaines de l’information
Nous appelons les États africains, les institutions régionales et le secteur privé à investir dans des infrastructures numériques souveraines : centres de données, plateformes de diffusion, systèmes d’archivage et réseaux de distribution africains.
5. Développer des bases de données africaines
Nous soutenons la création de banques africaines d’images, de vidéos, de données et de contenus documentaires afin de réduire la dépendance informationnelle envers les plateformes et agences étrangères.
6. Défendre la souveraineté des données
Nous insistons sur la nécessité de protéger les données africaines et de garantir leur gouvernance dans le respect des intérêts stratégiques du continent et des droits des citoyens.
III. Pour la formation et le renforcement des capacités
7. Professionnaliser davantage les médias africains
Nous appelons à un investissement massif dans la formation continue des journalistes, techniciens, producteurs et acteurs du numérique afin de répondre aux exigences du journalisme moderne.
8. Renforcer la formation au journalisme de crise
Nous encourageons le développement de programmes spécialisés sur la couverture des conflits et des crises sécuritaires, humanitaires, économiques et politiques, dans le respect de l’éthique et de la responsabilité sociale.
9. Développer l’éducation aux médias
Considérant l’éducation aux médias et à l’information comme un enjeu majeur dans la lutte contre la désinformation, les manipulations numériques et les discours extrémistes, nous appelons les États et les systèmes éducatifs africains à intégrer cette discipline dans les programmes scolaires et universitaires et à étendre ces formations à l’ensemble de la société.
10. Encourager les échanges panafricains
Nous soutenons la création de programmes d’échanges entre rédactions, écoles de journalisme et institutions médiatiques africaines afin de renforcer les compétences et la solidarité professionnelle continentale.
IV. Pour une économie africaine des médias plus structurée et viable
11. Garantir l’indépendance économique des médias
Nous plaidons pour la mise en place de mécanismes de financement endogènes, durables, transparents et indépendants permettant aux médias africains de préserver leur autonomie éditoriale.
12. Encourager l’investissement africain dans les médias
Nous invitons les États, les banques, les investisseurs privés et les institutions panafricaines à soutenir les entreprises de presse africaines en tant qu’acteurs stratégiques du développement et de la souveraineté.
13. Favoriser des modèles économiques innovants
Nous encourageons le développement d’abonnements numériques, de fonds de soutien, de coopérations régionales, de plateformes communes et de modèles économiques adaptés aux réalités africaines.
14. Renforcer la protection sociale des journalistes
Nous appelons à l’amélioration des conditions de travail, de sécurité et de protection sociale des journalistes et des professionnels des médias sur l’ensemble du continent.
V. Pour une intelligence artificielle au service de l’Afrique
15. Développer une intelligence artificielle africaine
Nous encourageons la création de modèles d’intelligence artificielle construits à partir de données africaines et adaptés aux réalités culturelles, linguistiques et sociales du continent.
16. Prévenir les biais algorithmiques
Nous alertons sur les risques de marginalisation numérique liés aux systèmes technologiques conçus sans prise en compte des réalités africaines. Nous demandons une vigilance particulière contre les biais raciaux, ethniques, culturels, linguistiques et informationnels dans les systèmes d’intelligence artificielle.
17. Intégrer l’intelligence artificielle dans les rédactions de manière éthique
Nous soutenons l’utilisation de l’intelligence artificielle comme outil d’appui au journalisme, dans le respect de l’éthique, de la vérification des faits, de la transparence et de la responsabilité humaine.
18. Former les professionnels aux technologies émergentes et au management des médias
Nous appelons à renforcer les capacités des journalistes et des médias africains dans les domaines du numérique, de la cybersécurité, de la gestion des données et de l’intelligence artificielle.
VI. Pour des médias au service de la paix et de la lutte contre l’extrémisme
19. Promouvoir la paix et lutter contre l’extrémisme et le terrorisme
Nous affirmons avec force que les médias ne doivent jamais servir de tribune pour légitimer, propager ou glorifier les groupes terroristes, les mouvements extrémistes ou les acteurs de la radicalisation.
Nous rappelons que le droit à l’information et la liberté de la presse sont essentiels, mais qu’ils ne sauraient être détournés pour diffuser des messages de haine, appeler à la violence, recruter ou justifier le terrorisme.
Nous demandons aux professionnels des médias de faire preuve de la plus grande vigilance dans leur traitement éditorial de ces questions, de couvrir les crises sécuritaires avec responsabilité et d’éviter toute complaisance susceptible d’accorder visibilité ou crédibilité aux idéologies extrémistes.
Nous soulignons que les médias africains doivent constituer des remparts contre la radicalisation et des acteurs majeurs de la paix, de la cohésion sociale et du vivre-ensemble.
VII. Appels à l’action
Nous appelons :
* Les gouvernements africains à faire de la souveraineté informationnelle et numérique une priorité stratégique ;
* Les organisations régionales et sous-régionales africaines, ainsi que les institutions internationales, à soutenir la coopération médiatique continentale et à accompagner le développement des médias africains dans un partenariat équitable ;
* Les plateformes numériques mondiales à respecter les réalités culturelles, linguistiques et économiques africaines ;
* Les investisseurs africains à soutenir durablement les industries médiatiques et numériques du continent ;
* Les journalistes et créateurs de contenus africains à unir leurs voix pour défendre une information libre, crédible, professionnelle et responsable.
VIII. Engagement final
Par le présent Appel de Bamako, nous affirmons notre volonté commune de bâtir un espace médiatique africain libre, fort, solidaire, innovant et souverain.
Nous nous engageons à travailler ensemble afin que l’Afrique ne soit plus seulement racontée par les autres, mais qu’elle devienne pleinement actrice et maîtresse de son récit, de ses technologies et de son avenir informationnel.
Fait à Bamako, le 6 juin 2026.
Les participants au Forum panafricain des médias
